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Message non luPosté: 12 Juin 2011, 14:00 
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Les mutations féministes :

Trans Féminisme ou Transinisme ?

Par Lalla Kowska-Régnier à ARTeleku, San Sebastian, le 23/04/05



Merci à Béatriz Preciado pour la confiance.

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« Nous avons tous le désir de rentrer chez nous, quelque part où nous n’avons jamais été – un lieu, à la fois souvenir et vision, dont nous pouvons seulement capter des aperçus de temps en temps. La communauté. Quelque part il y a des gens auxquels nous pouvons parler avec passion sans que les mots nous restent dans la gorge. Quelque part un cercle de mains s’ouvrira pour nous recevoir, des yeux s‘allumeront quand nous entrerons, des voix célèbreront avec nous notre entrée dans notre propre pouvoir. La communauté signifie une force qui rejoint notre propre force pour faire le travail qui doit être fait. Des bras pour nous soutenir quand nous défaillons. Un cercle de guérison. Un cercle d’amis. Un lieu où nous pouvons être libres. »

Starhawk in « Femmes, magie et politique – chap. construire la communauté [des sorcières] » ed : Les Empêcheurs de penser en rond.



Je précise que j’entends par trans celles et ceux qui sont sous hormones et/ou ayant pratiqués des actes chirurgicaux, sans exclure les transsexuels non hormonés.

Donc je m’appelle Lalla Kowska Régnier, j’ai presque 8 mois et 33 ans et je suis une jeune ce que communément on appelle MtF. Mais je préfère m’identifier en tant que MtT (Male to Trans) ou MtS (Male to Sorcière). Je n’envisage pas de vaginoplastie à court ou moyen terme. En résumé, je ne suis pas complètement sûre du point d’arrivée dans mon trajet et en tout cas pas sûre du tout qu’il s’agisse pour moi d’être une « femme ».

En fait j’ai été persuadée de ne pas être sûre, le jour où je me suis faite interpeller par une femme bio qui me demandait ce que je fantasmais sur ma féminité. Question que je n’ai pas vraiment perçue de manière très amicale puisque j’avais commencé ma transition, qu’il ne me semblait donc ne pas être dans le fantasme et que la question de « ma féminité » ne m’avait pas exactement hantée jusque-là. Mais je reviendrai là-dessus.



Lalla, en arabo-berbère ça veut dire princesse, cela signifie que je suis chanceuse, parce que je suis entourée, j’ai ma famille, des amis, mon partenaire avec moi depuis très longtemps et mon chien compagnon de ma transition. J’ai fait 5 ans d’étude après le bac, et j’ai évolué dans un milieu professionnel plutôt « privilégié » (audiovisuel). Mes parents m’ont laissée un goût pour la chose politique ce qui fait que j’ai milité très tôt. Tout ça pour vous éclairer sur d’où vient ma parole et préciser que la question de ma « survie » se pose de manière nettement moins aigue que d’autre trans. Bon voilà une sorte de conte instinctif, il n’y aura pas de référence, ou très peu car ma mémoire ne me l’autorise pas. Instinctif et personnel car si j’espère que vous serez nombreuses à adhérer, je ne parle qu’en mon nom. Et comme on dit chez ma mère « que mon histoire soit belle et se déroule comme un long fil ».



La question d’un féminisme transsexuel s’est posée comme une évidence pour moi. En fait il est difficile d’échapper à la conscience féministe quand on est trans MtF, il y a une sorte de rencontre obligatoire avec le féminisme « bio ». Un féminisme qui pourtant n’a rien à voir avec le biologique, pas de chronomètre dans son corps, pas de grossesse ou d’instinct maternel pour inscrire une identité « femme » essentialisée … Ce qui connecte fondamentalement les trans aux féministes c‘est pour moi plusieurs expériences communes.



C’est d'abord la question de la classe sociale.



Personnellement même si pour ma mythologie perso le fait d’entamer ma transition à 33 ans me convient parfaitement – il est évident qu’il m’était impossible de l’envisager avant alors que j’étais dans une trajectoire professionnelle plutôt prometteuse et qui aurait été remise en cause si j’avais entamé mon hormonothérapie à cette période. J’ajoute que mes projets professionnels ont été interrompus notamment du fait que mes ex-futurs employeurs ont eu connaissance de ma transition (je ne m’en suis pas cachée et d’autres facteurs politiques sont aussi rentrés en jeu). D’ailleurs aujourd’hui, depuis que je me suis fait virer, il y a 4 ans de l’entreprise dans laquelle je travaillais, mes revenus ont été divisés presque par 3… et je reste dans une situation assez précaire.



Le parcours trans MtF, puisqu’il oblige à renoncer à ses privilèges de mâle pose de manière flagrante la question des discriminations économiques et sociales que connaissent les femmes. C’est donc partager des discriminations communes dans le travail, mais aussi le sexisme et la misogynie ambiants. Ensuite, je pense aussi que c’est l’expérience commune du « je ne suis pas celle qu’on me dit que je suis », savoir de manière instinctive que les narrations collectives majoritaires sont trop étroites (la conscience du despotisme de l’hétérosexualité en tant que régime politique) pour soi. Ça veut dire de façon plus individuelle, comme les femmes bios ont eu à se battre pour, se réapproprier son corps de manière nettement plus radicale que les non trans. D’apprendre où est son plaisir, sans gêne ni culpabilité. (Je pense aux trans non opérés, mais je crois que c’est la même chose pour les trans post op.). De ne pas craindre d’user de ce qui est pris pour « génital » comme organe de plaisir pour se masturber, de renommer autrement son corps, sa bite de 3,2 cm, son clitoris de 16,7cm ou son néo vagin. Bref de se «contra sexuer» (cf. Béatriz Preciado in Le manifeste contra sexuel).



Et c’est d’ailleurs à mon avis le rôle des psychiatres des parcours officiels en France que de neutraliser cette conscience politique (la re nomination de soi) en assurant, à force de le répéter, à leurs patientes qu’elles sont des femmes parce qu’elles aiment porter des robes, jouer à la poupée, qu’aucun doute ne saurait donc être permis et aucun espace alternatif aménagé. Et de toute façon si tu veux tes papiers d’identité tu es obligée de passer par la vaginoplastie … Combien ont les moyens de résister ? Pour continuer à parler de ma transition, je l’ai aussi entamée à partir du moment où je savais que je pouvais me construire en tant que trans (et j’ai la chance d’avoir eu et aujourd’hui encore autour de moi des personnes trans qui m’ont permise d’avancer).



D’ailleurs avant ma transition, je déclinais ma « masculinité » sur un modèle lesbien butch. Il s’est agi pour moi aussi d’un besoin (je ne sais pas encore si c’est de couper ou bien de subir le sort, et peut-être cela revient au même) de renouer avec mes aïeules dont quelques sorcières berbères et de me réinscrire dans une lignée matricielle (plus que matriarcale avec Starhawk), une volonté de renouer avec ce qu’ont pu être les statuts des trans pré hormones de substitution : prêtresses, guérisseuses ou médiatrices… C’est en ce sens que je me définis aussi comme jeune sorcière dévouée à La Déesse et à la culture de l’immanence. (cf. Starhawk Femmes, magie et politique)



C’est donc très profondément une démarche en quelque sorte spirituelle, où encore une fois il ne s’agit pas pour moi de mettre mon corps en adéquation avec ma tête (hey, mon corps, c’est moi) mais bien plutôt de me connecter de manière plus dilatée avec le réel, avec les autres, avec mon environnement. De la plus petite particule élémentaire jusqu’aux entités plus complexes, de la manière la plus ouverte possible afin de me sentir justement en adéquation essentiellement avec ce qui m’entoure et in fine avec moi-même. Pour donner une image plus technologique, il s’agit de procéder à une sorte de mise à jour qui permettra au disque dur « Lalla Kowska » de fonctionner de manière beaucoup plus fluide. Bon il me paraît évident que le jour ou les hormones auront fait le plus gros de leur travail, mes seins poussés, ma peau affinée et mes cheveux épaissis, je serai autrement en rapport avec le monde, encore une fois connectée très haut débit et de manière plus dilatée.



En fait s’il est évident que c’est bien vers une sorte de féminité que j’ai envie d’être et reconnue et ressentie, je me sens toutefois plus à l’aise avec les notions – et je ne mets pas de copyright !- de transinité et de transinisme. Transinisme ou de transinité en place de féminisme et féminité ou masculinité d’abord pour marquer une volonté forte de nouer d’autres fils que ceux -encore une fois - de la bâche opaque et étouffante du système straight. Mais nous sommes dans quelque chose qui reste largement à explorer et à construire. Transinisme et transinité aussi comme le terreau ou les racines de ce qui pourrait aboutir à une forme d’autonomie du peuple trans - même si j’ai tout à apprendre de l’autonomisme ici, voilà donc quelques pistes. Elles sont tracées en réaction, et ne manquent pas d’ambivalence, mais elles sont une sorte d’incantation et d’appel à celles et ceux qui voudront s’en emparer.



Les psychiatres...



Alors on l’aura dit, sortir des narrations des psychiatres qui ont comme principal souci de réaffirmer les rôles « traditionnels » du couple hétéro en nous inscrivant fermement dans la fiction bite/homme, vagin/femme ; mais aussi commencer à questionner les discours de ceux qui se sentent experts de la parole trans. Je pense plus particulièrement à la question du genre comme performance – et c’est la seule fois où je parlerai de « performance » car je pense que cette approche ne résiste pas aux dynamiques trans et est juste utile pour ceux-là qui nous observent (psychiatre ou sociologue), et veulent nous laisser enfermer dans les clôtures straights pour mieux nous coloniser.

Donc genre comme performance : d’abord personnellement mes oestrogènes me racontent une histoire qui n’a rien à voir avec les faux cils et les perruques des Drag Queens et mon quotidien n’a pas – tout le temps au moins- le glam des boîtes de nuit et j’ai du mal à convaincre ceux que je croise qu’ils sont mon public.



Par ailleurs on sait aujourd’hui l’impossibilité d’une approche qui ne soit pas transversale dans la construction identitaire. Bien je pose alors la question: a-t-on jamais entendu parler de la performance de la race ou de la classe ? Imaginez: « Oh j’adooore ton arabité aujourd’hui, mmmmmmm. Ce noir sur ta peau for-mi-da-ble ! Tu passes incroyablement bien, et cette précarité, chérie géniaaaaal, mais comment fais-tu ? Vite please, l’adresse de tes Assedic ! ». Bon, je crois que d’analyser le genre comme performance est une approche blanche et bobo qui ne saurait intéresser que celles et ceux qui ont les moyens de spéculer à la bourse queer pour mieux se poser en expert des minorités pour média straight (je les pense, moi, en nouveaux colons des territoires trans. Je précise à nouveau que c’est une Parisienne qui vous parle, parisienne un peu dépitée de ce qu’il advient des mouvements «queer» à Paris).



Il est bon de revenir sur cette question de l’expertise d’ailleurs : je constate malheureusement que cette posture est trop souvent faussement collective et a donné lieu à beaucoup d’aberration et à des détournements de paroles. Par ailleurs, je précise que je ne me sens experte de rien d‘autre que de mon domaine professionnel (mon savoir faire), que je ne suis pas militante dans un cabinet d’assurance et qu’il m’arrive très souvent d’avoir besoin d’experts autour de moi (je pense par exemple à mon endocrinologue ou à mon serrurier). Et je n’ai surtout pas envie d’être à leur place sachant que je peux me reposer sur leurs compétences.



Le transinisme pourrait questionner aussi la notion de transgenre à partir du moment où elle devient support d’un sujet tellement universel qu’il ne correspond plus à rien, dilué dans une universalité qu‘on connaît bien en France et qui se résume souvent par la figure du mâle type européen blanc catholique (pas Turc surtout) et pas précaire. Je pense qu’il faut faire attention aux élans citoyens de ceux qui vont scander « Nous sommes tous des trans’ », ou encore s’affirmer comme « gouin » - figure néo-coloniale s’il en est - car cela revient à nier les réalités quotidiennes des personnes trans et de faire disparaître des pratiques spécifiques dans un discours queero-églitaire et finalement assimilationniste.



Trans ≠ Queer



En d’autres termes, dans ma pratique, je préfère trans parce que trans, individuellement, ne me noie pas dans l’océan queer et me permets de m’inscrire en même temps dans du collectif.

Enfin je pense qu’il y en a assez de la narration LGBT, où le T n’a jamais guère signifié que : Ticket pour la bonne conscience des G! Pour le coup, en France en tout cas, les mouvements révolutionnaires homo des années 70 ont montré qu’il y a eu des ruptures assez importantes entre les gays et les lesbiennes et d’ailleurs c’est quelque chose qu’on peut continuer à constater aujourd’hui encore quant à la représentation des lesbiennes des bis et des transsexuels au sein des instances communautaires. Enfin, il est peut-être bon de dire au moins une fois que les trans sont autant/autrement hétéro, lesbiennes, gays, bi que la population non trans !



En ce sens il est pour moi indispensable de penser de nouvelles alliances tactiques avec les féministes, lesbiennes, kings, contra sexués, contra genré. En même temps qu’un mouvement autonome trans voit le jour. Un mouvement à la fois responsable et solidaire qui sache renouveler ses pratiques politiques. Qui cherche par exemple à échapper autant que possible au statut victimaire dont on a parfois du mal à sortir (et dont la colère à mon avis ne fait que trop souvent nous y enfermer un peu plus) ou à fuir des mécanismes d’analyses paranoïaques pour tenter plutôt d’injecter un peu de confiance dans les relations.



Un mouvement qui serait à la fois capable de combattre et de résister aux systèmes d’oppression et d’exploitation sans en conforter les rouages, de participer à une communauté renouvelée sans cesse et collectivement. De repenser ses modes de fonctionnement sans craindre l’exercice d’un pouvoir dès lors fluide, circulaire, safe où les membres s’attacheraient à cesser d’être eux-mêmes dans toute forme de domination – chacun attentif à la responsabilité de sa propre parole. Un mouvement qui subvertirait de manière quasi certaine tous les systèmes binaires, tous les monothéismes, colonialismes et autres exercices du « pouvoir sur » (Starhawk). Ce chemin peut faire peur « et le changement est effrayant mais les sorcières ont un dicton : « où il y a de la peur, il y a du pouvoir » (Starhawk).



Voilà.

Mon conte est comme un ruisseau, je l’ai conté à des Kings !

Lalla Kowska-Régnier

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«Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est la peau.» [ Paul Valéry ]
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«L’homme ne doit pas tenter de dissiper l’ambiguïté de son être mais au contraire accepter de la réaliser.» [ Simone de Beauvoir ]


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Message non luPosté: 12 Juin 2011, 23:06 
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Inscription: 28 Déc 2006, 13:56
Messages: 5192
Localisation: alpine rhone-haut
merci pour ce texte qui apporte de l'air frais.

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NI MUSE NI SOUS-TYPE et ni dieu, ni maitre, ni gourou.
Mes propos ne visent personne, toute ressemblance, etc, (sauf mention contraire).
(angellin(n)e, angie, jamie, suzie, samy, cleo)
car le 7 est mon chiffre
7777 il est temps de s'arreter


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Message non luPosté: 12 Juin 2011, 23:09 
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Inscription: 04 Avr 2011, 22:17
Messages: 782
kings je connais pas, mais le texte est supers

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400 caractères, c'est trop peux pour moi, donc j'ai rien a signer okkkkkiiiiiiiiiiii


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