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Message non luPosté: 02 Déc 2011, 15:45 
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Inscription: 22 Nov 2010, 20:22
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bonjour !

au fil des discussions sur ce blog ou ailleurs, et quelques violentes altercations parfois, ça fait un moment que me pose des questions sur la façon dont nous nous définissons, et le sens de nos parcours trans dans la mystérieuse nébuleuse des "gender studies", et autres "queer zones" dont on parle souvent à tord et à travers sans y comprendre rien (comme dans l'épisode récent des livres scolaires décriés par quelques députés UMP cachant mal leur homophobie mal dégrossie)

J'ai eu quelques discussions passionnantes avec des ami(e)s non trans, notamment un garçon homo et une féministe hetero, en apparence très ouverts sur la question de "l'expression de genre" quand elle s'éloigne de ce qui était programmé à la naissance, mais en réalité un peu perdus face à nos ressentis quand on les pense en dehors de toute subversion malicieuse ou "performance", mais simplement comme besoin "biologique" de mettre nos corps en conformité avec notre réalité intérieure.
Et en même temps toute cette pensée "queer" et la communauté qui s'y rattache (en théorie ou en pratique) me semblait (et me semble toujours) ouvrir un espace de liberté dans lequel je pouvais entamer ma transition avec moins de honte et d'appréhension quant au regard des gens sur moi, et traverser plus sereinement cette période un peu compliquée où on a quitté les rivages rassurants des codes sociaux de notre genre assigné à la naissance sans que notre corps ne soit encore vraiment en accord avec notre genre ressenti et exprimé publiquement (parfois maladroitement...)

J'avais un peu du mal jusqu'ici à réfléchir sereinement à cette problématique parce que beaucoup des critiques exprimées à ce sujet me semblaient alimentées par les pires idées réactionnaires et homophobes, et débordaient régulièrement de haine et de bêtise...
Mais je suis récemment tombée en furetant de blog en blog sur un petit texte dans lequel je me retrouve beaucoup et qui à mon avis pose assez bien les choses. Alors voilà je vous laisse le lien, et si ça vous intéresse on peut en discuter...

http://pink.reveries.info/post/2011/11/ ... end-malade
(si jamais l'auteure de ce blog fréquente ce forum, j'espère qu'elle me pardonnera de la citer ainsi sans son autorisation...)

Citation:
Le non-binarisme me rend malade

Quand j'ai découvert les questions trans, et les différents mots pour parler de ça, le mot «transgenre» me parlait plus que «transsexuel·le», qui me semblait plus médical, plus «binaire», tout ça. C'était aussi le moment où je découvrais le queer, que je trouvais trop bien, le «non-binarisme», qui me parlait vachement, etc.

Aujourd'hui, j'ai pas spécialement envie de faire mon autocritique, mais en tout cas le moins qu'on puisse dire est que j'ai changé d'avis. Parce que, ouais, le terme «transsexuel·le» a une origine médical. Certes, et c'est bien pour ça que je lui préfère le mot plus simple «trans». Sauf qu'au moins, si le mot «transsexuel·le» a des défauts, il au moins l'avantage d'avoir un sens. Ce qui n'est pas vraiment le cas du mot «transgenre», qui peut être utilisé pour tellement de choses qu'il ne veut plus rien dire. D'ailleurs, c'est un peu ce qui est revendiqué : on veut pas faire de «hiérarchie», il n'y a pas besoin de «différencier», c'est un terme «parapluie» pour regrouper tout le monde.

Si on est queer, on peut voir dans cet usage une volonté de «non-binarisme», de «déconstruction». Sinon, on peut trouver que ça ressemble quand même un peu à notre bon vieil universalisme républicain.

Un peu de terminologie

Bon, il faut être honnête : dans la galaxie trans-pouet-pouet, il n'y a pas vraiment consensus sur les sens à donner à chaque mot. Personnellement, je suis assez d'accord avec les définitions données sur Un bruit de grelot, que je ne citerai pas (c'est bon, vous êtes capables de cliquer sur un lien) mais où «transsexuel·le» désigne le fait d'être d'un genre différent de celui assigné à la naissance, tandis que «transgenre» désigne le fait d'avoir une expression de genre qui n'est pas conforme aux critères du genre dans lequel on vit. À l'inverse, «cissexuel·le» désigne le fait de ne pas être «transsexuel·le» (donc être du même genre que celui assigné à la naissance) et «cisgenre» désigne le fait de ne pas être «transgenre» (donc d'avoir une expression de genre correspondant à peu près à la norme du genre dans lequel on vit).

On peut donc être à la fois cissexuel·le et transgenre, ou à l'inverse transsexuel·le et cisgenre, voire être très insipide et cumuler cissexuel·le et cisgenre.

Voilà, ça c'est les définitions qui seraient reconnues dans un monde idéal. Cela dit, comme on n'est pas vraiment dans le monde idéal, le sens de ces mots n'est pas toujours aussi bien défini, et s'il y a à peu près consensus pour le mot «transsexuel·le» (à part quelques crétin·e·s qui pensent que la différence transsexuel·le/transgenre est une question d'opération), le moins qu'on puisse dire est que le mot «transgenre» est devenu un terme «parapluie» qui peut désigner à peu près tout et n'importe quoi (et si vraiment on rentre pas dedans, il suffit de mettre un peu de rouge à lèvres ou une moustache postiche pour le devenir).

Comme cet élargissement du terme ne suffisait pas à ce qu'il ne veuille plus rien dire, certaines personnes pensent qu'il faut viser encore plus large, et parler non plus de «trans» (ça veut encore dire quelque chose, c'est chiant) mais de «trans*». Non, n'allez pas cherchez la note de bas de page, l'astérisque est compris dans le nom (et, non, c'est pas des personnes trans qui se prennent pour Asterix), histoire de signifier que ça inclut un peu tous les mots qui commencent par trans : transgenre, transidentitaire, transsexuel·le, transformiste, tra(ns)vesti, transfuge, transylvanien·ne, translucide, transport·eur·rice, transistor, etc.

(Néo?)-essentialisme

Les autres sigles à la mode étant Ft* et Mt*, pour Female-to-N'importe-Quoi ou Male-to-N'importe-quoi. Une grande avancée censée être «non-binaire» et «déconstruire le genre», qui, quand on y réfléchit trois secondes, revient surtout à ne définir des personnes que par... leur genre assigné à la naissance. Mais non, c'est pas essentialiste, c'est queer, on t'a dit. Du coup, hop, tou·te·s les Mt* dans la même catégorie, que ce soit les mecs qui vivent à 99,9% du temps en tant que mec mais mettent une jupe de temps en temps, ou les meufs qui, ben, vivent tout le temps en tant que meufs ; hop, tou·te·s les Ft* idem, de la nana qui s'habille parfois de façon vaguement androgyne au gars, qui vit à temps plein en mec.

Moi, je crois que je suis une Matérialiste qui Trouve ça Foireux.

Invisibilisation trans

Par ailleurs, ce qui est bien dans l'élargissement du mot trans*, c'est que du coup, tout le monde peut être «un peu trans», c'est cool, c'est hype, youpi. Du coup, ça permet que les personnes qui sont vraiment trans, et pour qui c'est pas un truc fun qu'on peut enlever quand on rentre de soirées LGBT, sont complétement invisibilisées. Ça permet aussi d'avoir plein de cis qui parlent au nom des trans parce qu'ils sont «un peu trans» ou «trop transgenres, tu vois», ou «bio-trans», etc.

Dissimulation des privilèges

Un autre avantage d'avoir plein de termes qui veulent rien dire, mais aussi de brandir une posture «non-binariste», c'est que ça permet de dissimuler pas mal de ses privilèges, et du coup d'invisibiliser des oppressions :

Privilège masculin

Le privilège masculin, d'abord. Parce que le côté «ouais, tu vois, moi je suis trop non-binaire», ça permet de dire qu'on ne se définit pas comme mec, parce que c'est binaire et réac ; et du coup, de dire qu'on ne bénéficie pas de privilèges de mecs, y compris quand on est identifié par tout le monde comme un gars et qu'on bénéficie de privilèges grâce à ça.

Exemples :

tous les gars trans qui ont un super bon passing en tant que mec, sont toujours «pris» pour des mecs, ne portent jamais le moindre vêtement ou attribut féminin, sont d'ailleurs pour la plupart hétéros (mais sans forcément se définir comme tels), mais ne bénéficient trop pas de privilèges de mec grâce à ça parce qu'ils ne sont pas binaires, tu comprends ?
les gars cissexuels qui se mettent du rouge à lèvres et une jupe dans les soirées LGBT, parlent au féminin quand c'est pour dire qu'ils sont «connes» ou «salopes», et par conséquent ne se définissent pas comme mec et n'ont pas les privilèges associés. Du tout.
Privilège cissexuel

Le deuxième privilège dissimulé par ce «mélange des genres» est le privilège cissexuel, c'est à dire le privilège conféré par fait de vivre dans le même genre que celui qui nous a été assigné à la naissance.

Dissimulation puisque, en considèrant qu'est trans tout le monde qui est «un peu transgenre», ça permet d'éviter de se questionner sur les privilèges qu'on peut conserver quand, certes, on a une expression de genre qui ne correspond pas à la norme, mais qu'on reste, sortons les gros mots, cissexuels.

Exemples :

les personnes «FtX queer» qui restent relativement à l'aise quand iEls sont assignéEs dans le genre féminin, qui sont beaucoup mieux acceptées chez les lesbiennes que les lesbiennes transsexuelles, mais qui vont expliquer qu'il n'y a pas de transphobie quand ces dernières la dénoncent, parce qu'euxelles ont leur place tu vois
les drag-queens et les travs qui ne vont pas respecter le pronom d'une meuf trans en début de transition, parce que si eux s'en foutent du genre (et ont le privilège de pouvoir le faire), pourquoi est-ce que ça lui importe, hein ?
Privilège cisgenre

Le troisième privilège dissimulé, et qui peut paraître étrange, c'est le privilège cisgenre. Autrement dit, le privilège conféré par le fait d'avoir une expression de genre correspondant (à peu près) aux normes du genre dans lequel on vit.

Ça, ça peut paraître contradictoire avec le mot transgenre, mais ai-je mentionné que c'est devenu un terme «parapluie» qui du coup ne veut plus dire grand-chose, à la fois parce que ça désigne des choses bien différentes et parce que «ne pas correspondre aux normes de genre», ça peut être interprété de façon tellement large que ça peut englober à peu près 99,9% de la planète.

Exemples :

tous les gars trans de tout à l'heure qui ont toujours un super bon passing en tant que mec, sont toujours «pris» pour des mecs, ne portent toujours pas le moindre vêtement ou attribut féminin, sont encore pour la plupart hétéros (mais sans forcément se définir comme tels), mais ne sont trop pas dans les normes de genre parce qu'ils ne sont pas binaires, tu comprends ?
les meufs trans qui ont eu leur changement d'état-civil, ont une apparence dans les normes d'une féminité raisonnable (ni trop ni pas assez), mais qui ont une telle posture «transgenre» et «non-binariste» qu'elles peuvent donner des leçons, y compris à une butch pour le coup pas forcément dans les normes de «féminité», mais bon, hein, le non-binarisme est un sport de combat : ce qui compte c'est d'avoir une bonne posture.
Conclusion

Bref, tout ça pour dire que cette nouvelle politique du «non-binarisme» à tout crin mais qui ne veut strictement rien dire (ou tout, c'est selon) a, à mon sens, les mêmes travers que le queer.

Cela dit, ça veut pas dire que je méprise les personnes qui sont vraiment sur une identité non-binaire, intergenre, ou transgenre (selon la définition que je trouve pertinente donnée plus haut) qui vivent en permanence des trucs sans doute super complexes (et je suis pas sûre que le fait que tout le milieu LGTeuBé devienne «non-binaire», y compris les derniers des cissexuels cisgenres à trois sesterces, aide vraiment) ; ce qui me fait caguer, c'est plus cette mode du «non-binarisme» où ça devient une espèce de posture complétement déconnectée de toute réalité, une espèce de course à la «subversivité» uniquement basée sur l'auto-proclamation.


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Message non luPosté: 03 Déc 2011, 20:30 
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Inscription: 21 Oct 2009, 22:19
Messages: 8810
C'est vrai qu'à force ça saoule !! :lol: :lol:

mais les normes et croyances sociétales sont profondément enracinés. Remettre en question le binarisme c'est admettre une/ ma réalité/ vérité. Ce n'est que cela, rien de plus, rien de moins. :idea:

_________________
" on ne peut pas rattraper le temps perdu mais on peut arrêter de perdre son temps "


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